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Hydroélectricité locale :

quel impact sur les territoires ?

Avec des installations partout en France, l’hydroélectricité est bien plus qu’une source d’énergie renouvelable : c’est un levier de développement dans les territoires. Emplois non délocalisables, valorisation du patrimoine, contribution à l’autonomie énergétique, préservation des écosystèmes… Tour d’horizon des impacts d’une hydroélectricité locale, ancrée dans nos régions.

Hydroélectricité : locale par nature

Des installations partout en France

L’hydroélectricité tire parti d’une ressource omniprésente : l’eau de nos fleuves, rivières et torrents. Grâce à la force cinétique des cours d’eau, elle produit une électricité décarbonée qui contribue directement à l’autonomie énergétique des territoires.

La France compte près de 2 500 installations hydroélectriques, dont plus de 90 % sont des centrales dites “au fil de l’eau”, c’est-à-dire sans retenue importante. Ce maillage dense s’appuie sur la géographie du pays, qui compte une grande partie de massifs montagneux.

Son potentiel est aujourd’hui largement exploité, avec une puissance installée de 25,7 GW en France métropolitaine fin 2024. Il subsiste néanmoins des gisements à valoriser, notamment en petite hydroélectricité (centrales de moins de 10 MW).

La France, deuxième producteur européen

En 2024, la France était le 2e pays européen pour sa production hydroélectrique, derrière la Norvège, la Turquie et la Suède.

Source : Wikipédia

Son rôle dans le mix énergétique

Contrairement aux énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz), dont les stocks s’épuisent et dont l’extraction génère des émissions de CO₂, l’hydroélectricité s’inscrit dans un cycle naturel et renouvelable.

Première filière renouvelable du mix électrique français, elle assure des fonctions essentielles pour la stabilité du réseau :

  • Report de charge : les réservoirs stockent l’énergie sous forme d’eau retenue, mobilisable en quelques minutes lors des pics de consommation.
  • Modulation de fréquence : les turbines ajustent leur production pour maintenir l’équilibre entre offre et demande sur le réseau.

Complémentaire du solaire et de l’éolien, dont la production dépend des conditions météorologiques, l’hydroélectricité peut produire à la demande (ouvrages avec retenue) ou en continu (ouvrages au fil de l’eau). Cette flexibilité en fait un pilier de la diversification et de la décarbonation de notre système énergétique.

L’autoconsommation collective : des projets ultra-locaux

L’autoconsommation collective (ACC) ouvre de nouvelles perspectives pour l’hydroélectricité de proximité. Ce dispositif, encadré par l’État depuis 2017, permet à plusieurs consommateurs (particuliers, entreprises, collectivités) de partager l’électricité produite par une installation locale située dans un périmètre défini.

Le principe est simple : chaque participant utilise une part de l’électricité produite selon une répartition convenue. Le surplus est injecté sur le réseau public et l’énergie complémentaire nécessaire reste fournie par le fournisseur habituel. Aucun équipement spécifique n’est requis côté consommateur.

En rapprochant production et consommation, l’ACC réduit les pertes en ligne, améliore l’équilibrage du réseau et ancre concrètement la transition énergétique dans le quotidien des habitants.

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Des impacts forts dans les territoires

Le développement des emplois

L’hydroélectricité se veut une énergie de territoire, au service du développement économique local. Selon l’ADEME, fin 2021, la filière employait 13 250 personnes en France dans des métiers variés et non délocalisables :

  • Études et ingénierie : conception des ouvrages, études d’impact environnemental, modélisation hydraulique.
  • Fabrication d’équipements : turbines, alternateurs, vannes, souvent produits par des PME et ETI françaises.
  • Construction : génie civil, terrassement, pose des conduites.
  • Exploitation et maintenance : surveillance des installations, entretien préventif, modernisation des équipements.

Par effet de ruissellement, la filière génère également des retombées économiques pour les entreprises locales et soutient l’activité de zones rurales.

Tourisme et patrimoine

Nombre d’installations hydroélectriques, en particulier en petite hydroélectricité, présentent un intérêt patrimonial et historique et attirent un tourisme de découverte.

Exemple à Mirmande, dans la Drôme, où un ancien moulin du XVIIIᵉ siècle a été réhabilité par un opérateur local en partenariat avec la commune. Ce projet conjugue préservation du patrimoine bâti et production d’électricité renouvelable pour plus de 150 foyers. Le site accueille des visites scolaires et sensibilise les habitants à la transition énergétique, à l’échelle du village.

D’autres exemples existent en Savoie, dans les Pyrénées ou en Alsace, où des circuits touristiques intègrent la visite de centrales historiques, parfois couplée à des activités de pleine nature telles que la randonnée, la pêche ou les sports d’eaux vives.

 

Des économies pour la collectivité

Flambée des prix du gaz en 2022, tensions sur les marchés de l’électricité… Les crises énergétiques récentes ont mis en lumière l’intérêt stratégique de l’hydroélectricité pour les finances publiques. Selon l’ADEME, certains fournisseurs ont pu maintenir des tarifs compétitifs pour leurs clients industriels et collectivités, à contre-courant de l’envolée des prix de marché. 

La filière hydroélectrique est également soumise à diverses taxes et redevances qui alimentent les budgets des territoires et des agences locales : impôts directs locaux, impôts sur la dépense, impôts sur les revenus, taxes et participations dûes par les employeurs sur le montant des salaires.

Des projets citoyens

Dans de nombreux cas, les collectivités peuvent prendre part à la gouvernance de projets hydroélectriques implantés sur leur territoire, via des montages participatifs ou citoyens. Cette implication directe renforce l’ancrage local des installations et permet aux habitants de bénéficier des retombées économiques.

Hydroélectricité locale : quel impact pour l’environnement ?

Une énergie décarbonée

L’énergie hydraulique n’émet pas de CO₂ en phase d’exploitation. Une fois les ouvrages construits, la production d’électricité ne génère ni combustion, ni rejets atmosphériques. Selon RTE, elle affiche une empreinte carbone de l’ordre de 6 g CO₂eq/kWh, l’une des plus faibles de toutes les sources de production, y compris en intégrant la construction des barrages.

Pour autant, les installations s’inscrivent au cœur d’écosystèmes aquatiques sensibles. Les projets doivent donc être conçus en tenant compte des enjeux de préservation des milieux, de gestion durable de la ressource en eau et d’adaptation aux effets du changement climatique.

Préservation de la biodiversité et continuité écologique

Les projets hydroélectriques sont imaginés pour s’adapter aux caractéristiques du cours d’eau, en concertation avec l’ensemble des acteurs de l’eau : collectivités territoriales, agences de l’eau, fédérations de pêche, associations environnementales, Office français de la biodiversité (OFB), Office national des forêts (ONF).

La création de nouvelles centrales comme la rénovation d’ouvrages existants intègrent systématiquement des aménagements environnementaux :

  • Passes à poissons : dispositifs permettant aux espèces migratrices de franchir les obstacles et de remonter les cours d’eau pour se reproduire.
  • Débits réservés : maintien d’un débit minimal en aval des ouvrages pour préserver la vie aquatique.
  • Plans de grilles fines : équipements protégeant les poissons lors de leur descente vers l’aval.

Ces mesures assurent la continuité écologique des rivières. Elles permettent de concilier production d’énergie renouvelable et préservation de la biodiversité, tout en maintenant la pratique d’activités de pleine nature.

 

Une logique d’économie circulaire

L’énergie hydraulique peut s’inscrire dans une démarche d’économie circulaire, avec des ressources optimisées et mutualisées :

  • Multi-usages de l’eau : l’eau turbinée pour produire de l’électricité peut ensuite servir à l’irrigation agricole, à l’alimentation en eau potable ou à des usages industriels.
  • Stockage d’énergie : les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) permettent de stocker l’électricité excédentaire en pompant l’eau vers un réservoir supérieur, puis de la restituer en période de forte demande.
  • Valorisation des ouvrages existants : la réhabilitation de moulins ou de petites centrales désaffectées évite la construction de nouvelles infrastructures et redonne vie à un patrimoine oublié.

Cette approche maximise l’efficacité des ressources et limite l’empreinte environnementale de la filière.

Des installations longue durée

En moyenne, une installation hydroélectrique peut vivre 50 à 100 ans, sous condition de réinvestissements réguliers.

En résumé, une hydroélectricité locale conjugue ancrage territorial, création d’emplois durables, préservation de l’environnement et contribution à l’indépendance énergétique. Une énergie mature et résiliente, au service des territoires et de la transition écologique.